L’Académie française, une des plus anciennes institutions culturelles françaises, vient d’attribuer le 11 juin 2008, à l’Université française d’Égypte le prix culturel de la fondation Louis D. d’un montant de 750 000 Euros. Ce prix vient récompenser l’action de l’Université française d’Égypte en faveur du rayonnement de la langue et de la culture française dans cette partie du monde. Il permettra à l’université de se doter des équipements les plus modernes notamment pour sa faculté d’ingénierie.
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Le Prix Louis D. pour la culture est décerné cette année pour la quatrième fois. Dès sa création, le Chancelier Pierre Messmer avait précisé qu’une double ambition devait guider les choix des jurys appelés à juger des candidatures : l’excellence du projet présenté et son apport à la diffusion de la langue et de la culture françaises. Les lauréats des trois prix précédents répondaient parfaitement à cette définition. En 2002 le Prix a été décerné à l’Université Saint Joseph de Beyrouth pour qu’y soit créée une chaire d’anthropologie interculturelle, projet combien indispensable à un Liban déchiré entre des communautés de cultures différentes. En 2004 le Prix Louis D. avait permis de doter la remarquable association internationale des professeurs qui à travers le monde s’acharnent à enseigner notre langue, d’un siège à Paris, car ces apôtres du français n’avaient jusqu’alors aucun lieu pour se réunir, dans le pays dont ils portaient partout la langue et la culture. En 2006 ce fut au tour des Alliances françaises de Pologne de recevoir, grâce au Prix Louis D. les moyens matériels – locaux, et équipements – leur permettant de mieux accomplir leur mission. En 2008 enfin l’Université française d’Égypte a remporté le Prix Louis D. Ce bref rappel met en lumière la dimension internationale de ce prix prestigieux.
Son attribution cette année, par une décision unanime du jury est un hommage à la clairvoyance du Chancelier Pierre Messmer. En effet dès la naissance en 2002 de l’Université française d’Égypte, il en avait compris l’importance pour l’Égypte et pour la France, c’est à dire pour les liens entre ces deux pays ; et au-delà pour un progrès de la compréhension entre les peuples. Il avait alors attiré l’attention du jury du prix sur cette université naissante. En 2002 il était prématuré de couronner cette entreprise séduisante certes, mais qui devait encore faire la preuve de sa capacité à exister et de son utilité. En 2008 le jury, confronté à l’œuvre accomplie en six ans, s’y est rallié d’emblée et avec enthousiasme.
Cette université d’un type particulièrement original est née de la volonté d’entrepreneurs égyptiens formés dans des établissements secondaires francophones de leur pays, de renouer avec la tradition culturelle de l’Égypte du XIXe siècle, tradition portée par Mehmet Ali qui voulait faire entrer son pays dans la modernité en s’appuyant sur le savoir, le savoir-faire et la culture française. Le canal de Suez témoigne de cette ambition. Au XXIe siècle les entrepreneurs égyptiens, pères du projet que nous saluons, ont souhaité de même que cette université, symbole du monde moderne, soit fondée sur la langue et la culture françaises. Après avoir ouvert ses portes en 2002 avec quarante étudiants, l’Université française d’Égypte a été inaugurée officiellement en 2006 par les Présidents Moubarak et Chirac. Elle comptait alors quatre cents étudiants, mais son objectif est d’en accueillir neuf cents en 2010. Les premiers diplômés, en 2007, issus des deux facultés créées alors, gestion et langues appliquées, ont tous trouvé aussitôt des emplois dans leur pays et à un niveau de salaire supérieur d’un tiers à celui qui était proposé aux diplômés d’autres universités égyptiennes. C’est dire qu’en très peu de temps l’Université française d’Égypte a acquis une réputation remarquable et attiré des candidats égyptiens, mais aussi, et c’était le souhait de ses fondateurs, des postulants de tout le monde arabe et notamment de la région du Golfe, c’est à dire des anglophones.
Le Prix Louis D. 2008 a été attribué à la troisième faculté créée au sein de l’Université française d’Égypte il y a cinq ans, la faculté d’ingénierie qui se réclame tout spécialement de la tradition des ingénieurs égyptiens de formation française dont le rôle dans la modernisation de l’Égypte, fut considérable. La formation donnée aux futurs ingénieurs, comme aux étudiants des deux autres facultés, privilégie la langue française, la culture française et des méthodes de travail propres à notre pays. Mais la langue arabe et l’anglais trouvent aussi place dans les enseignements car ce sont là des conditions indispensables à l’insertion future des étudiants dans l’économie moderne, et qui leur permettront d’exercer par la suite leurs talents en Égypte et dans l’ensemble du monde arabe. Trilingues, bénéficiant tout au long de leur formation de stages en entreprises et de séjours d’études en France, les étudiants des trois facultés de l’Université française d’Égypte reçoivent à l’issue de leurs études deux diplômes, l’un égyptien, l’autre français ce qui par là même leur assure une équivalence au sein de l’Union européenne. C’est dire combien de tels diplômes séduisent les étudiants et contribuent à tisser des liens entre notre pays et les élites de l’ensemble du monde arabe.
Le projet présenté cette année au jury du Prix Louis D. était destiné à doter la faculté d’ingénierie qui forme des ingénieurs de haut niveau dans des domaines de pointe, notamment celui des installations de transfert et de transport de l’énergie, des équipements nécessaires aux laboratoires du premier cycle afin que, dans toutes les disciplines, les enseignements théoriques puissent être complétés par des travaux pratiques. Les besoins de cette faculté sont d’autant plus grands qu’elle attire un grand nombre croissant d’étudiants. Ils étaient 104 en 2007 mais ils seront près de 200 à la fin de la décennie et seule une sélection très rigoureuse permet d’arrêter le flot de candidats. S’y ajoute le projet de développer la recherche en accueillant à l’avenir les étudiants qui préparent actuellement des thèses dans trois universités françaises : Paris VI ; Louis Pasteur à Strasbourg et Paul Sabatier à Toulouse. Le Prix Louis D. contribuera ainsi au développement d’une jeune université née de la volonté et de la générosité d’entrepreneurs égyptiens, moralement soutenus certes par leur gouvernement et par le nôtre, mais qui ont dû jusqu’à présent trouver seuls les moyens de faire surgir du néant le beau site universitaire de Chourouq à quarante-cinq minutes du Caire sur la route de Suez, donnant vie par là même à une ville nouvelle. Ils ont su inventer ce pôle de culture moderne francophone, trouver des partenaires dans les grandes universités françaises, intéresser à leur projet de grandes entreprises françaises présentes en Égypte – telles EDF, Vinci, Alcatel – et les y associer. En définitive, l’Université française d’Égypte est bien le fruit d’un partenariat culturel entre nos deux pays, mais aussi d’un partenariat industriel franco-égyptien. Pour l’Égypte, cette démarche toute entière tournée vers l’adaptation de ses élites au XXIe siècle est novatrice. Si elle est favorable à ses intérêts, elle l’est aussi à ceux de la France : elle contribue en dernier ressort à la compréhension mutuelle entre les élites européennes et arabes. Trop d’étudiants arabes, comme trop d’étudiants de pays en voie de développement ou émergents désertent leur pays après avoir reçu une formation occidentale. L’Université française d’Égypte est née de ce constat et de la volonté de ses fondateurs d’offrir sur place aux futurs cadres arabes une formation équivalente à celle des plus grandes universités françaises ou américaines afin de mieux les préparer à utiliser chez eux et non dans un exil qui pénalise leur pays et nourrit les rancœurs, le savoir ainsi acquis. N’est-ce pas là la vocation du Prix Louis D., que d’aider partout au progrès du savoir et à la compréhension entre les sociétés humaines ?



