Université Française d’Egypte
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Erik ORSENNA à l’UFE : une leçon d’Humanités.

jeudi 11 mars 2010, par Pr Jean Pierre Faugère

Erik Orsenna nous a fait le grand honneur de visiter l’Université française d’Egypte le dimanche 7 mars. Ayant regretté de ne pas avoir enregistré le voyage que m’avait faire Erik Orsenna lors d’une conférence à la faculté de Sceaux (Université paris sud) en 2008, voyage sur les flots, voyage sur les mots et les lettres, je tente de retracer ici ses propos à l’UFE, et le soir au CFCC.

Erik Orsenna nous a présenté sa vie, ou plutôt, ses multiples vies : « Comme je ne peux pas éviter la mort, je choisir d’avoir plusieurs vies ». Sa vie de professeur d’économie, spécialiste des matières premières, de conseiller politique d’un ministre de la coopération, de conseiller culturel et porte-plume, de « nègre » du prince, - le président François Mitterrand- , de magistrat au Conseil d’Etat, d’écrivain et d’académicien qui participe à la confection du dictionnaire de la langue française. Je rapproche sa vie de ce que disait Le Clezio, lorsqu’il a eu le prix Nobel de littérature (en substance) « J’écris parce que je n’agis pas, j’écris à la place d’agir ». Orsenna lui, écrit et agit.

Enfant, il voulait être écrivain et ses onze premiers livres, écrits avant 18 ans, il les a jetés : « Ils n’étaient pas bons, je n’avais rien à dire, seulement que je voulais être écrivain ». Le premier livre publié a été tiré à 600 exemplaires, « J’ai eu une grande famille et elle est généreuse ! » mais le livre qui a eu le prix Goncourt, l’Exposition coloniale, a été tiré à un million d’exemplaires. Il écrit sur un sujet quand il ne comprend pas. « Je ne comprends pas l’amour, j’écris un livre sur l’amour ». Son ami Pascal Lamy (aujourd’hui directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce) lui dit que les raisons de l’échec de la négociation sur le coton lui sont mystérieuses, Orsenna mène une enquête et écrit un livre sur le coton. Il ne comprend pas les questions de français que l’on pose à ses enfants à l’école, et, plutôt que de faire une lettre de protestation, il écrit La grammaire est une chanson douce.

Aujourd’hui il est grand reporter. L’espèce des grands reporters est en voie de disparition, personne de veut les payer. Lui, il a décidé de faire des grands reportages, grâce à ses droits d’auteur. Ce qui l’intéresse dans ses voyages, ce sont les gens, toutes sortes de gens, et la planète. Les thèmes sur lequel il enquête, les matières premières, (Voyage au pays du coton), l’eau et la mer (Portrait du Gulf Stream) et aujourd’hui le traitement des déchets, toutes sortes de déchets, renvoient à la manière dont l’homme traite la planète et s’en partage les richesses : « Qui a droit à l’eau ? » interroge-t-il. Il plaide, non pour la « décroissance » mais pour une croissance verte.

Dans les voyages qu’il nous fait partager, on trouve des scientifiques, « Je ne peux pas comprendre un sujet sans l’apport des hommes de sciences, en particulier ceux que je côtoie à l’Institut de France ». Les hommes de sciences humaines aussi. Il nous dit que Claude Levy Strauss, -qu’il rencontrait tous les jeudis matin-, lorsqu’il étudie les sociétés, oscille entre deux tendances, considérer le particulier de chaque société et mettre au second plan ce qui réunit tous les hommes, ou étudier l’homme en général et oublier les particularités.

Dans ces voyages, dans tous les continents,- Orsenna est ouvert à toutes les cultures-, on trouve des gens, souvent des gens humbles. On trouve aussi les mots, il nous raconte des mots, le mot « race » avec la longue discussion des anthropologues, des biologistes, des hommes de lettres, le mot « religion » qui comporte le mot « lien », le mot « curiosité » à relier à « cure » et « prendre soin de soi » : la curiosité n’est pas un vilain défaut !

A l’Université Française d’Egypte, il a mené un dialogue, tout à la fois, savant, attentif, spirituel et chaleureux, avec les étudiants de la Faculté de Langues appliquées et les étudiants de SIFE. Il s’est intéressé à leur action dans le domaine du traitement des déchets affirmant que leur démarche, -trouver des solutions entrepreneuriales aux problèmes de pauvreté et d’environnement-, était la meilleure. Il leur a prodigué des conseils : s’assurer de la durabilité des solutions qu’ils trouvent et valoriser leur expérience dans leur curriculum vitae.

Le dimanche 7 mars au soir, au CFCC, son exposé portait sur les langues et, très investi dans la Fondation Jacques Chirac « Sorosoro » -du nom du mot Araki, langue aujourd’hui parlée par 8 personnes à Vanuatu et qui signifie « respiration, parole, langage »- il a développé un plaidoyer pour la survie des langues : chaque langue est une fenêtre sur le monde. Ainsi, dans la plupart des langues, la « glace » est exprimée par un seul mot alors que chez les Inouïs, il existe une trentaine de mots pour traduire les différentes formes de glace. La langue est là pour traduire la spécificité d’un terroir. Une langue qui disparait, c’est une fenêtre qui se ferme. Mais il nous a aussi fait partager son amour pour la langue française, soulignant que la langue française n’est pas seulement la langue des français et que l’apport des écrivains non français (belges, africains, ..) à la littérature et à la langue françaises était immense.

Citoyen du monde, soucieux de l’avenir de la planète et des hommes, comme l’« honnête homme »du XVIIe siècle, qui tente de relier tous les savoirs, il donne un sens profond à des mots tels que «  l’universalité », « l’humanité » et « les humanités ».

Portfolio

E. ORSENNA avec les étudiants de SIFE Erik ORSENNA
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